L'Artiste Solitaire 1914-1930

Un facteur essentiel de l’évolution de son travail, à partir des années 20, est l’adoption prépondérante de la peinture à l’huile. Elle inspire l’artiste par ses qualités de recouvrement, de souplesse et de brillance et, comme la gravure, lui permet de satisfaire son besoin irrépressible de retoucher ses œuvres jusqu’à obtenir que toutes les parties du tableau trouvent leur rapport définitif. Rouault est un perfectionniste, méticuleux à l’extrême, il revient sans cesse sur ce qu’il écrit et peint. Ses peintures se caractérisent par l’accumulation de couches et ses lettres foisonnent d’adjonctions et de ratures. Il travaille sur plusieurs tableaux de front allant d’une peinture à l’autre. Il les examine puis les classe selon leur degré d’avancement. Rouault est un travailleur patient , qui prend le temps de rêver et de méditer. Il ne vise pas la rapidité d’exécution et parle de «l’épanouissement de tout ce qui est profondément sensible et longuement médité, loin des records de vitesse de la peinture moderne».

Cette époque de la maturité voit la technique de Rouault évoluer sensiblement. Habitué avec l’aquarelle à faire jaillir le tableau d’un jet spontané sans pouvoir se reprendre, il découvre avec les techniques de la gravure la possibilité d’amener lentement l’œuvre, à force de travail et par états successifs, à son achèvement. La pratique de la gravure lui apporte aussi une maîtrise accrue du rendu de la lumière tandis que l’utilisation de l’huile renouvelle sa palette et lui offre une matière qui lui convient enfin.

“‘Le terrible en art c’est de savoir s’arrêter’,
c’est Bonnard qui a dit cela. Il a bien raison”.
Georges Rouault cité par Claude Roulet

Portrait de Maria Lani, vers 1929

Le vieux clown, 1917-1920

Ecuyère de cirque, vers 1926