L'Artiste Solitaire 1914-1930

Gravure
C'est à la suite de la mort de son père, en 1912, que Rouault entame un carnet de dessins à l'encre de Chine d'où seront issues les gravures du Miserere. Pendant plus de dix ans, il en corrige les cuivres. Les 58 planches sont accompagnées de légendes rédigées par l'artiste. Chaque gravure a la dimension d'une toile et l'ouvrage pèse plus de 21 kilos. Traduction plastique de ses inquiétudes spirituelles, le livre est considéré comme le chef d'œuvre de Rouault. Les évènements de la guerre de 14-18 mettent en exergue les préoccupations du peintre, qui place le Christ et la mort au premier plan de la scène du Miserere. Cette œuvre lui permet d'évacuer ses angoisses et l'extrême dureté de sa vision de la société. Edité en 1948, le livre est d'autant mieux compris qu'il succède aux horreurs de la seconde guerre mondiale.

En 1917, Ambroise Vollard, l'un des marchands d'art les plus prestigieux de Paris, propose Georges Rouault de lui acheter l'ensemble de son atelier, soit 770 œuvres. Le peintre accepte condition de pouvoir terminer ses œuvres son rythme. Passionné par l'édition de luxe, Vollard accable Rouault de travail en lui commandant les illustrations de nombreux livres: Réincarnations du Père Ubu, Cirque de l'Étoile filante, Passion, Miserere, Les Fleurs du Mal. La qualité de Vollard aura été de consentir au peintre une grande liberté ainsi que tous les moyens d'approcher la perfection. Chacun de ces livres est le fruit d'un long travail et l'objet de reprises incessantes, exigeant des délais inouïs avant de paraître. La gravure occupe une place déterminante dans l'œuvre de Rouault mais aussi dans son développement pictural. Elle lui permet d'accroître son pouvoir d'expression par la gradation de la lumière, et de renforcer sa maîtrise du dessin. Elle lui apprend l'économie de moyens et le pousse à synthétiser les formes.

Miserere mei, Deus, secundum
magnam misericordiam tuam.
(Miserere pl. 1)

Qui ne se grime pas? (Miserere pl. 8)

Georges Rouault, 1914