Maturité Sereine 1930-48

La matière colorée
Dans les paysages comme dans toutes ses peintures, la profondeur est rendue par le jeu des couleurs plus que par le dessin. Les superpositions infinies de touches amènent les couleurs à jouer subtilement en transparence et à se fondre les unes dans les autres. La palette s’éclaircit toujours davantage et devient très lumineuse vers 1945-47. Les jaunes de chrome évincent les bleus profonds et dominent la gamme avec les rouges carmins et les verts Véronèse. En véritable alchimiste, Rouault exploite l’intensité des couleurs de la peinture à l’huile et leur puissance émotive. Au choix des couleurs s’ajoute la science des contrastes entre les tons froids et chauds qui définissent l’expression du tableau.

Ce renouvellement de la palette s’accompagne d’un travail sur la matière. Elle s’est épaissie, les couches sont déposées irrégulièrement sur le support et la facture modèle cette pâte colorée. Sous une lumière rasante, on voit une surface inégale telle une structure géologique avec ses reliefs et ses creux. Au cours des années 1940-48 la matière colorée devient encore plus épaisse et plus riche, si bien que le tableau parvient à posséder un véritable relief. Les couleurs sont plaquées par touches larges et consistantes. Rouault ne travaille pas sur un chevalet. Il pose son tableau à plat sur une table. L’ouvrage vu en plongée peut être manipulé, tourné et retourné tel un objet lentement façonné par l’artisan. Les expériences de la céramique et de la gravure ne sont pas étrangères à cette préhension si particulière de l’œuvre. De plus, la matière de certaines peintures de la maturité semble être passée au feu. Les couleurs irisées, les transparences leur donnent l’aspect de céramiques ou d’émail. On a l’impression d’une matière volcanique, solidifiée et multicolore.

Pierrots bleus, vers 1943

Dors mon amour.
Cirque de l'Etoile Filante, 1935

Le vieux roi, 1937