La Révolte 1902 - 1914
L’indépendance d’esprit et le style direct de l’écrivain enthousiasment Rouault tout en le confirmant dans sa voie nouvelle. Proche des idées de Bloy sur la société, il les retranscrit dans sa peinture avec une verve égalant celle de l’écrivain.

Le bouleversement intérieur de cette période de crise se répercute sur son évolution picturale. Sous son pinceau naissent des personnages aux visages caricaturaux révélant les tares de la société sous une forme grotesque. Les visages de prostituées, de clowns, de juges sont souvent inquiétants, littéralement balafrés de coups de pinceaux. Rouault en fait des personnages types, allégories de la luxure, de la misère, du vice, de l’indifférence… Ce qui l’intéresse c’est de voir l’Homme sans masque, sans apparats, dans sa vérité nue. Ses thèmes sont inspirés de la réalité observée mais filtrée par sa vision intérieure et par son caractère impulsif et passionné. Rouault ne cherche pas à distraire, il ne recherche pas l’agréable et le séduisant. Son œuvre est sous-tendue par une expérience morale et humaine.

En ce début de XXe siècle, Rouault affirme et recherche son individualité. Un nouveau style s’élabore. Les peintures se caractérisent par la violence du dessin, et des couleurs, par le dynamisme de la ligne, par l’aspect vif et appuyé de la touche. Les déformations qu’il inflige à ses personnages lui permettent d’en accentuer l’expression. Au risque de perdre le soutien des collectionneurs de Gustave Moreau, il abandonne son ancienne manière. La brutalité de ses œuvres choque ses contemporains. Malgré les lettres d’injures qu’il reçoit, il persiste dans sa voie et se détache peu à peu des Salons. Nommé conservateur du musée Gustave Moreau en 1902, ses appointements lui apportent une certaine sécurité financière et l’ indépendance dans son travail.

Jeune fille 1907-1909

L'illusionniste, 1907

Madame X, 1912-13